09 avr

Ciel gris sur PhongSali

Je me nomme Mister A., touriste parmi tant d’autres au Laos. Pourtant, ce jour là, le destin me chercha des noises et m’obliga à sortir de ma simple condition de voyageur.

Nous sommes le 9 avril 2011, je remonte la rivère Nam Ou sur une petite embarcation locale, direction PhongSali. Le ciel est couvert, le vent et la pluie agitent la rivière, le bateau peine à remonter le courant et pour couronner le tout, les vagues qui percutent la coque nous arrosent abondamment. Blotti dernière mon poncho, j’attends, tranquillement : 6 heures, ça ne va durer que 6 heures. Soudain, le bateau heurte un rocher, à deux reprises, Bang Bang !!!

Qu’est ce qui se passe, je lève la tête. Tout le monde regarde le sol. Nous sommes une vingtaine assis sur les planches d’une embarcation de 2,5m de large sur 12m de long. Un filet d’eau fait son apparition, puis petit à petit le débit s’intensifie pour finalement toucher nos pieds. Un homme interpelle le chauffeur, nous devons rejoindre la rive, tout de suite.

Je reste dans le bateau, j’écope l’eau pendant que deux hommes colmatent les fissures. Leur technique m’impressionne, l’un déchire de fines lamelles de tissus pendant que l’autre les enfonce dans les fêlures avec la lame de sa machette. Une heure plus tard, nous sommes reparti, l’eau ne rentre plus.

Nous arrivons à Hat Sa, le terminus du bateau. Les accrochages sont toujours de bons sujets de discussions, j’ai passé la dernière partie du trajet à parler avec le seul falang* de l’embarcation : Alejandro, l’espagnol.

La pluie bat son plein, nous montons dans le bus. Les échanges sont brefs avec les laosiens de cette région, l’anglais y est peu parlé. Mais Alejandro a appris quelques mots Lao.

- » Combien temps PhongSali ?

- 1h »

Une heure pour faire 20 km, à la vue de la route, rien d’étonnant. A l’intérieur du bus, les laosiens sont joyeux, c’est Pi Mai Lao**, la plupart d’entre eux viennent rejoindre leurs familles pour les fêtes. Dehors, la pluie tombe, dedans la bière coule. Ici, la bière se boit dans un verre et cul sec, c’est chacun son tour et ça va vite. Après 3 – 4 verres dont 1 sur mon tee-shirt, j’essaie de faire comprendre le mot « stop ». Je pense qu’ils n’ont pas envie de comprendre : « ok, un dernier ». C’était celui de trop, j’ai envie d’uriner, les virages et les secousses n’arrangent rien, encore 30min à tenir. Merci, un camion de marchandise est embourbé devant nous, Alejandro et moi courons dehors. Est-ce vraiment une chance ce camion ? Mon voisin de fossé vient de Luang Prabang, il est étudiant en Histoire.

-  » Dans combien de temps allons nous repartir ?

- Peut être 2h ou plus, je pense qu’il va falloir terminer à pied.

- Il reste combien de kilomètres ?

- Environ 9km « 

Il se fout de ma gueule ou quoi, je ne vais pas marcher 9 km sous la pluie.

-  » Tu ne vas pas avoir le choix »

C’est quoi ce bordel, il lit dans mes pensées ou quoi ??? Oh non, c’est surement écrit sur ma gueule.

Le sac est sur mon dos, je suis près, résolu. Alejandro à l’air autant dépité que moi.

- « Attendez!

- Quoi ?

- écoutez! »

Un tracteur, oui, un tracteur arrive, oh merci.

En un rien de temps le voila qui pousse le camion, dame la piste. Je sors mon appareil photo. Nous repartons et 500m plus, nous renouvellons l’opération.

Après 2h de voyage, nous arrivons enfin à la gare routière. Nous sautons dans un Sawngthaew*** direction le centre-ville. Une fois arrivé, c’est le moment de payer.

Cherche-cherche ; fouille-fouille ; vide-vide.

Je ne trouve plus mon portefeuille. Quel idiot, il a du tombé quand j’ai sorti mon appareil photo. Quel imbécile, j’ai mon passeport à l’intérieur. Quel con, je cherchais désespérement un distributeur, ma carte bleue est également dedans.

- « Ramenez moi à la gare routière, s’il vous plait.

- Non désolé, pas le temps mais le chauffeur de ton bus s’appelle Hassan.

- ok, c’est déjà ça ».

Alejandro loue une chambre, j’y pose mes affaires et retourne là où le Sawngtawn nous a déposé. Merde, je ne me souviens pas de la route de la gare routière.

- « S’il vous plait, où se trouve la gare routière ?

- non !

- quoi non ???? J’ai perdu mon passeport.

- non !

- ?????? »

Les laosiens sont très différents des indiens. En Inde, lorsque qu’ils ne comprennent pas ils disent « oui » et t’emmenent n’importe où. Ici, ils disent « non » et la conversation s’arrête.

En face, une agence touristique, ils doivent parler anglais. A l’intérieur la musique est à fond, je cherche quelqu’un, personne. Je me retourne, 4 gamins entrent et m’invitent à dancer avec eux. En temps normal je dancerais, là je stress.

Je sors de l’agence et remonte la rue par laquelle je pense que le sawngtawn est arrivé. Je demande à tout le monde :

« non, non, non ».

Je deviens fou !!!

Je continu à marcher, j’aperçois deux jeunes filles qui discutent. Je leurs explique, elles comprennent, enfin. Je monte sur la mobilette de la plus jeune.

- « Quel est ton prenom ?

- Poue

- Merci, Poue »

Arrivé à la station de bus, il n’y a personne. J’attends, Poue est avec moi, on discute. Je n’ai plus rien à espérer pour ce soir, je reviendrai demain à 6h.

De retour à la Guest House, je retrouve Alejandro. Il me propose de partager sa chambre. Avec plaisir, nous sommes les seuls touristes que j’ai vu en ville. S’il n’avait pas voulu m’heberger, j’aurais dû dormir à la gare routière d »une ville située à 1200m au dessus du niveau de la mer, l’idée n’a rien de réjouissante.

Le soir nous cherchons un endroit pour boire un verre. Rien. Dans notre errance nous rencontrons Vi. Il s’entrainait au karaoké sur sa terrasse en vu de l’anniversaire de mariage de ses parents. Il parle un peu anglais, il a surtout la main lourde sur le LaoLao****. Nous rentrons saoul à la guest house.

Je n’arrive pas à dormir, je réfléchis à toutes mes options. De toute façon, je ne retrouverai pas mes papiers. 5H30 s’affiche sur mon téléphone, je prépare mon sac: mon permis de conduire, un livre et des mots croisés. Je risque d’y passer la journée.

Arrivé à la gare routière un homme ouvre le bureau, je lui explique :

- « non !

Je lui fais un dessin.

- non !

je lui refais un dessin et baragouine quelques mots de mon guide en laosiens!

- non ! »

Mais, il ne fait pas d’effort, il me fais chier celui là.

Je prends mon livre et m’installe, ça va me calmer. Je vais attendre tranquillement que mon chauffeur de la veille et son bus se pointent. Des gens commencent à arriver mais je ne les interpelle pas, je lis, j’en ai marre.

- « Où est-ce que vous allez ?

- Oh ! vous parlez anglais, je ne vais nullepart, j’ai perdu mes papiers…

- C’est pas de chance.

- Heu !! Non, c’est vrai. Pouvez-vous m’aider ? J’ai besoin que vous m’écriviez en laosien : « J’ai perdu mon passeport dans le bus d’hier ». Pouvez-vous aussi demander à ceux qui travaillent ici s’ils ne l’ont pas récupéré. Le chauffeur du bus s’apelle « Hassan », il faut que je le retrouve. »

Les laosiens sont sympas. Le voilà qu’il demande à tout le monde. Hassan, ne travaille pas aujourd’hui mais il a son adresse. Je lui demande :

- « On y va ?

- évidemment, nous n’avons rien à attendre ici. »

Je monte sur sa mobilette, nous arrivons devant une maison, il y a un bus devant. Mais ce n’est pas le bus de la veille. Mon collègue enqueteur interroge Hassan, il ne travaillait pas hier, mon chauffeur s’appellait Assa.

- « Eh misterA c’est Assa et pas Hassan, comment voulez vous qu’on s’en sorte si vous vous trompez de nom

- Ben heu, désolé. »

Je me fais engueuler en plus.

Retour sur la mob direction la maison d’Assa. Arrivé devant, je reconnais le bus. Je cours, les portes sont fermées, je grimpe par la fenêtre, fouille, mais rien. Mon portefeuille n’est pas là. Désespoir, en même temps, je n’en avais plus beaucoup. Nous frappons aux portes des maisons, une femme nous ouvre. Assa est parti pour la journée, il reviendra cet après midi ou ce soir.

Nous repartons et nous donnons rendez-vous pour 19h.

Il est 10h, je retrouve Alejandro. Il n’y a plus rien à faire avant ce soir, autant profiter de la journée. Ce sentiment de profonde stupidité me donne la gueule de bois. Cette histoire va me couter du fric, elle va surtout raccourcir mon voyage. Je liste mes options. Je vais récupérer un passeport provisoire de 4-6 mois, il ne sera surement pas valable en Australie. Donc je dois prévenir ma petite soeur que je ne la rejoindrai pas là bas. Je vais, heu!!!, je vais finir l’Asie du Sud-Est. Déjà, c’est important. Ensuite penser à rentrer en France, oui, je ne vais pas rentrer par avion, je vais prendre le transcontinental. De toute façon, il va bien falloir trouver une fin à ce voyage. Pour moi, ce sera une fin à la Pierre Richard. Je me sens minable, je suis fatigué, j’ai mal au crane, le LaoLao de la veille doit aussi y être pour quelque chose. L’idée me réconforte un peu.

Vers 13h, nous partons pour l’ascension des 400 marches qui mènent au temple qui domine la ville. Au pied de la montagne, nous sommes à deux pas de chez Assa.

- « Attends Alejandro, je vais vite fait voir si Assa est de retour. »

Je frappe à la porte, Assa m’ouvre, je lui montre le papier du matin où mon problème est traduit :

- « oui. »

Je bloque un instant

- « oui, c’est à dire l’inverse de non.

- oui. »

Il se retourne, va jusqu’à la télévision et passe sa main derrière. Il en ressort mon portefeuille.

Explosion de joie, tout est dedans.

- « Merci, gracias, thank you, khawp jai lai lai. »

Je lui donne une récompense, retourne voir Alejandro, je suis sur un nuage, je survole les 400 marches. En haut, nous sommes vraiment dans les nuages mais une éclaircie arrive.

Le soir venu, je paye ma tournée, récompense mon détective adjoint. Je m’endors heureux. Le lendemain, le soleil brille, nous louons des velos à l’office de tourisme et partons en balade. Deux jeunes dirigent cet office, l’une d’eux fête sont anniversaire le soir même. Nous les retrouvons à 20h en discothèque : karaoké, BeerLao, c’est fête, tout le monde est déchainé. 23h30, la boite ferme, tant mieux, je suis épuisé.

Maintenant j’adore cette ville, je suis d’autant plus heureux que cette histoire n’est maintenant qu’une simple anecdote qui m’a permis de faire de belles rencontres.

Affaire résolue

 

* Falangs : expression thaï et laosienne pour désigner les étrangers blancs.

** Pimai Lao : nouvel an, fêté mi-avril.

*** Sawngthaew : taxi collectif.

**** LaoLao : alcool laosien à base de riz et de maïs, il coute moin cher que la bière et les laosiens ont l’habitude d’en offrir très facilement. Cet alcool ne nécessite que 3 heures de fabrication avant de le déguster chaud. Mal de crâne assuré.

Le poste internet de PhongSali, au centre du marché

Pour partir de Phongsali c'est au tour de notre bus d'être embourbé et les passagers poussent.

Alejandro

3 Commentaires

  1. avril 26, 2011 à 7:08
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    Et bien ! Quelle épopée !! Heureuse que tout se soit bien terminé, j’imagine la frayeur que tu as du avoir… On espère bien te voir bientôt en Australie (du coup, maintenant que tu as à nouveau un passeport…) ! des bises

  2. leny
    avril 28, 2011 à 8:04
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    excellent, encore encore !!!

  3. VERGER
    mai 6, 2011 à 9:05
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    coucou,

    sommes revenu voir vos exploits depuis 3 mois et le mot est faible

    prenez soins de vous et à bientôt

    les 5 VERGER( S )

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